La fratrie : entre accueil de la bonne nouvelle et grosse(s) frustration(s)

Cette question de la fratrie et de l’arrivée d’un nouvel enfant est importante parce qu’elle est très souvent considérée pour certains parents comme une étape difficile à vivre pour un aîné, potentiellement traumatisante voire complètement angoissante. D’ailleurs, lorsque je demande aux parents de mes patients que je reçois en consultation l’origine, selon eux, des troubles du comportement ou des difficultés de leur enfant, beaucoup, me répondent que c’est surement « l’arrivée de son petit frère » ou « l’arrivée de sa petite sœur ». Cette nouvelle arrivée dans la famille entrainerait donc une entrave au bon développement psychique de leur enfant. Ce traumatisme, tellement profond susciterait de la colère qui serait la cause des conflits fraternels inévitables.

La fratrie, un phénomène normal pour notre enfant

Sachez, tout d’abord, que pour votre enfant, avoir un frère ou une sœur, grandir dans une famille plus ou moins nombreuse est quelque chose de tout à fait normal ! Il voit ce modèle-là chez presque tout le monde, les voisins, les copains de la crèche, de l’école, vos amis, les oncles et tantes … Presque tous tentent cette expérience périlleuse de la famille nombreuse ! Même si, pour vous, cela peut vous paraître être un cap difficile, cela représente sûrement pour votre enfant, une simple étape de la vie.

Tout est une question de présentation

Cependant, il est vrai qu’en fonction de notre façon de présenter les choses et les évènements, nous pouvons induire certains questionnements, certains doutes voire certaines angoisses qui pourraient être à l’origine de différents comportements chez nos enfants. D’une manière générale, nous avons le pouvoir, en tant que parents d’influencer le regard de notre enfant sur la réalité, par notre façon d’amener les choses et d’en parler. Nous pouvons largement imaginer que dire « c’est la nuit, mais ne t’inquiète pas, les loups ne vont pas venir ce soir et les voleurs resteront bien cachés » peut être source de bien plus d’angoisses que de dire « regarde bien ces étoiles magnifiques dans la nuit, on a quand même de la chance d’assister et de s’endormir sous ce beau spectacle tu ne trouves pas ? ».

Pour parler de l’arrivée d’un frère ou d’une soeur, c’est pareil. Vous pouvez alors, concrètement, tout en restant simple et joyeux, comme dans toutes les circonstances de la vie, vous annoncez là une bonne nouvelle ! Dites-lui simplement que vous avez une des meilleures nouvelles de sa vie à lui apprendre : il va être grand frère ou grande sœur ! Il est important de ne pas lui mentir avec des phrases comme : « tu sais rien ne va changer dans ta vie » ou « tout va rester comme avant », puisque déjà, ce n’est pas vrai, le quotidien va évidemment changer et rien ne sera plus comme avant, et qu’en plus cela véhicule une idée d’angoisse liée au changement.

Voici une idée de ce que nous pourrions dire :

« Comme on a vu que c’était vraiment génial de vous avoir / t’avoir dans notre famille et que chaque jour on se rend compte que tu es/vous êtes vraiment une des plus belles choses de notre vie, on a envie d’avoir pleins d’autres enfants comme toi/vous. Notre coeur de Papa et de Maman va devenir encore plus grand pour faire de la place à une nouvelle personne ! »

Parfois, toutes les questions que nous nous posons viennent de nous, les adultes, de nos histoires et de nos souvenirs. C’est tout à fait normal, quand on a eu un petit frère qui a pris toute la place ou une petite soeur qui n’a cessé d’accaparer nos parents, de ne pas réussir à se réjouir  pour notre grand, dans un premier temps, de l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur. Mais libre à vous maintenant de construire l’histoire fraternelle de vos enfants, voire de vous réconcilier avec la vôtre, en faisant en sorte qu’ils ne revivent pas les mêmes choses que vous, si elles vont ont gênées.

Une chose est sûre c’est que l’amour que vous portez à votre enfant ne se divisera jamais mais va au contraire se multiplier avec ses frères et sœurs qui arriveront et la famille qui va s’agrandir. Mais pour votre enfant, ceci ne représente peut-être même pas un sujet ! Laissons la joie éclater de son cœur et les questions viendront (peut-être) après. Ayez bien conscience qu’il n’y a pas – en soi – de problème à accueillir un frère ou une sœur, que cela ne gêne en rien le développement psychologique des enfants.

Beaucoup se débrouillent déjà très bien puisque lorsque je questionne alors les réactions que les parents ont eu avec l’enfant lors de l’arrivée des différents membres de sa fratrie, ils m’impressionnent toujours par leur imagination pour faire de cette rencontre une fête (cadeaux, goûter, réunion de famille…) pour éviter à tout prix l’éventuel traumatisme pour leur aîné de se faire détrôner. Je félicite donc toujours les parents pour l’incroyable boulot d’imagination et de création de souvenirs qui, évidemment, s’ancrent dans le psychisme de leur enfant et qui sont absolument fondateurs. Puis, je leur propose de penser la question des conflits fraternels ou de la présence même de membres dans sa famille autrement.

Accueillir un frère ou une sœur : une grosse source de frustration

Une fois les choses annoncées, il faut cependant prendre conscience de quelque chose de très important : accueillir quelqu’un, en l’occurrence son frère ou sa sœur, signifie pour un enfant lui faire de la place donc partager, et cela peut évidemment créer en lui une très grande frustration qu’il peut ne pas savoir ni gérer ni accepter. Partager ses jouets, partager son pain, mais avant tout partager Maman et Papa. Votre enfant qui était alors dans un plaisir très intense, se retrouve aujourd’hui potentiellement amputé de ce plaisir là. Attendre, faire attention, parler doucement … Autant de choses que nous avions besoin de moins lui demander.

Mais, très souvent, les enfants qui n’acceptent pas la présence de frères et soeurs, et qui cherchent, taquinent, tapent, mordent n’acceptent en réalité pas beaucoup d’autres contraintes. Accepter la contrainte et les règles, vient entraver leur plaisir et éventuellement même, leur toute puissance. La présence de leur fratrie n’est donc pas la cause de leurs difficultés relationnelles et de leurs troubles du comportement comme peuvent le penser les parents mais c’est cette intolérance à la frustration et ce désir de toute puissance, inhérents à tous les enfants qui en est la véritable cause et les conflits fraternels n’en sont que la conséquence.

Nous pensons très facilement aujourd’hui que les enfants qui sont agressifs, tapent, mordent, se chamaillent expriment en réalité une carence et un manque d’amour qu’il faudrait combler. C’est pour cela que les parents font le lien entre troubles du comportement et arrivée d’un nouvel enfant : ce moment charnière où, éventuellement, nous avons été un peu moins présent pour lui, aurait représenté dans son psychisme un traumatisme qu’il faut à présent combler et guérir. Mais en réalité, votre enfant appelle surtout les limites et c’est ainsi que vous pourrez véritablement le rassurer sur votre présence parentale contenante.

Apprendre la frustration

Mais quelle belle occasion que l’arrivée d’un nouveau bébé pour apprendre à partager, patienter, et composer avec la réalité, parfois un peu plus décevante que les désirs de nos enfants, ça c’est sûr. Une occasion formidable de faire le médiateur entre le monde de l’enfant et le monde de la réalité. Même s’il n’en a pas très envie, c’est comme ça, son frère ou sa sœur est là. Vous pouvez, dans un premier temps, pour l’aider à mieux comprendre, lui dire cela :

« A l’intérieur de toi tu peux tout ressentir, des émotions et des pensées les plus belles aux plus cruelles et personne ne viendra t’en empêcher. Mais ça ce n’est qu’à l’intérieur de toi et tu ne peux pas tout exprimer, au risque de faire du mal à ceux que tu aimes très fort. Ce sont les règles chez Papa et Maman : personne ne se tape, ne se blesse, mais tout le monde s’aime et se soutient. Tu dois être gentil avec tes frères et soeurs et nous en échange on doit veiller à ce que tout le monde soit gentil avec toi ».

En effet, nos enfants diffusent beaucoup d’agressivité et d’animosité, puisque cette violence est en eux et c’est le travail de l’éducation qui la contient et l’apaise. Il suffit simplement d’écouter les discours de certains enfants au sujet de leur fratrie (« Mais moi je l’aime pas ce petit frère, je ne l’ai jamais voulu » ou encore « tu sers à rien à part me piquer mes jouets ») pour palper cette agressivité. Cependant, il ne faut pas considérer comme « normal » que des enfants se chamaillent au point de se faire mal et même si cela est habituel ce n’est pas pour cette raison que c’est bon pour eux et pour leur développement psychique. Les conflits fraternels sont de beaux « laboratoires » pour observer comment vos enfants pourraient être avec certains de leurs camarades … Gloups … 

Concrètement ?

Alors, une fois qu’il a compris cela, que vous lui avez expliqué, je vous conseille d’être très interventionniste dans les conflits fraternels. Ainsi, lorsque vous assistez à une dispute, sans chercher à savoir qui a commencé à embêter l’autre, vous pouvez les éloigner l’un de l’autre et éventuellement les isoler chacun dans leur chambre ou les mettre à deux endroits séparés. Cela est parfaitement juste et justifié puisque vos enfants vont apprendre à ne pas déborder lorsqu’ils sont ensemble. Cela peut durer longtemps et être assez intense ! Mais tenez bon, ces pulsions d’emprise et ce désir de toute puissance infantile ne s’estomperont qu’une fois que nous parents, aurons répondu à l’appel de notre enfant qui désire avant tout que nous le limitions dans ses débordements. Il vous appelle, à vous de répondre présent ! 😉

Attention, si vous remarquez qu’un de vos enfant est particulièrement difficile avec l’autre et que c’est systématiquement lui qui est à l’origine des conflits, utilisez bien évidemment votre bon sens parental !

Enfin, une fois que cette agressivité sera chassée, il est très important de proposer à l’enfant un meilleur moyen de négocier son agressivité : « Maintenant que la punition est terminée, va plutôt aider ta sœur à finir son coloriage » ou « Va féliciter ton frère pour son trophée de judo ». Ainsi, débarrassés de cette intolérance à la frustration, de ces débordements pulsionnels, ils vont s’appliquer, de façon tout à fait inconsciente, à mettre toute leur énergie psychique au service de la paix de leur relation.

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